Lundi 21 septembre 2009
CINEMA 513
COPIES CONFORMES
Retour aux Sources
Irrésistiblement ces tous premiers jours d’automne nous font penser à la chanson qu’Alain Barrière nous chuchotait en 1963: « Aujourd’hui c’est l’automne et je pleure souvent. Aujourd’hui c’est l’automne,qu’il est loin le printemps. Dans le parc où frissonnent les feuilles au vent mauvais. Sa robe tourbillonne, puis elle disparaît ». Oublions cela avec « L’affaire Farewell » de Christian Carion et prenons « Le dernier pour la route » avec Mélanie Thierry.
Premières fissures
Il est des situations qui nous échappent et qui dans leurs apparentes banalités bousculent pourtant l’Histoire avec un grand H. Sans être un « Effet Papillon », elles participent au bouleversement du monde, un peu comme si un simple éternuement déclenchait un tsunami. « L’affaire Farewell » reste inconnue de la plus grande majorité et pourtant ses conséquences ont sans doute drainées tout un système politique, osons le dire, totalitaire, vers d’autres destinées.
La rencontre de Sergueï Grigoriev, un haut gradé du KGB profondément déçu par le système soviétique, avec Pierre Froment, un jeune ingénieur français en poste à Moscou, va être le premier élément qui va contribuer à la déliquescence d’un régime qui finissait par gangrener l’équilibre du monde. Le colonel du KGB interprété par Emir Kusturica qui endosse là son premier grand rôle, va fournir au petit ingénieur (Gustave Canet, parfait comme à son habitude) des informations ultra confidentielles comme la description du réseau d’espionnage mis en place en Occident par les Russes, leur permettant de tout savoir sur les recherches industrielles et militaires du monde entier. Le nom de code de cette opération était « Farewell ».
Le film de Christian Carion (« Joyeux Noël », « Une hirondelle a fait le printemps ») nous raconte l’étrange relation entre le très slave Grigoriev et le civil français, homme sans histoires, littéralement dépassé par les événements et qui va être précipité dans une des affaires d’espionnage les plus incroyables du 20ème siècle et menacer non seulement sa vie, mais celle de sa famille. Mais « L’affaire Farewell » c’est aussi la rencontre du baroque et très cabotin Kusturica avec le timide et réservé Guillaume Canet.
La dernière goutte
Premier long métrage de Philippe Godeau, « Le dernier pour la route » est l’adaptation du roman éponyme d’Hervé Chabalier, directeur de l’agence Capa. Une histoire vraie écrite sans concession sur le parcours difficile et très casse gueule, d’un homme entre deux âges qui décide de sortir de l’enfer de l’alcool qui a pulvérisé ses relations avec sa famille et d’entrer en résistance. Pour se faire, il se rend seul dans un centre de désintoxication.
Il est accueilli avec chaleur à la fois par l’équipe soignante et par les autres patients, mais misanthrope de nature, il prend ses distances et préfère être observateur qu’acteur. C’est François Cluzet qui avec une sobriété remarquable est Hervé Chabalier (Daniel Auteuil, Dany Boon, et Christian Clavier avaient été pressentis pour le rôle). A ses côtés on trouvera Michel Vuillermoz (prodigieux acteur !) en camarade de chambrée autant déconneur que dépressif, et Mélanie Thierry dans le rôle d’une jeune alcoolique aux tendances autodestructrices avec qui Hervé aura un semblant d’amourette.
JACQUES DEVAUX
lundi 31 août 2009
CINEMA 512
COPIES CONFORMES
Clichés ultimes
Dernières grandes bouffées de nostalgie estivale en rangeant précieusement les cartes postales que nous avons reçues des quatre coins de l’hexagone. Qui de l’Auvergne et ses volcans si vieux qu’il n’en reste que des bouches édentées. Qui de la Provence et ses belles arlésiennes enjuponnées. Qui des Corbières et ses châteaux qui suintent le Consolamentum des Cathares. Que cela ne nous fasse pas oublier « L’armée du crime » de Robert Guédigian même si avec Zabou Breitman, cela n’ait « Rien de personnel ».
L’Affiche Rouge
Présenté en Sélection officielle, hors compétition, au dernier Festival de Cannes, le dernier film de Robert Guédiguian, « L’armée du crime » rompt avec sa thématique marseillaise habituelle et ses acteurs fétiches qui de « Marius et Jeannette » à « Lady Jane » ont traversé toute sa filmographie. C’est avec courage, volonté et une certaine timidité devant l’ampleur de la tache qu’il s’est attaqué à cette prodigieuse affaire du réseau de l’ouvrier poète, Missak Manouchian, et c’est un euphémisme de dire simplement qu’il a réussi à faire passer en un peu plus de deux heures, le souffle épique et tragique de ce volet de la Résistance curieusement gommé de nos livres d’histoire comme si finalement les collaborateurs de l’Allemagne nazie avaient réussi à semer dans nos mémoires, le doute injuste et abominable que ces jeunes qui ont donné leurs vies pour la France, n’étaient pas des héros.
« Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent » écrivait Louis Aragon dans « L’Affiche Rouge » chantée par Léo Ferré, 23 composés de très jeunes juifs, Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italiens, Arméniens, groupés derrière Manouchian et déterminés à combattre pour libérer la France qu’ils aiment. C’est au péril de leur vie, dans la clandestinité, qu’ils vont harceler par de nombreux attentats, les nazis et les collaborateurs, déchaînant la colère de la police française qui va utiliser les méthodes les plus viles pour les faire tomber : filatures, dénonciations, chantages et tortures. En février 1944, ils seront condamnés à mort. 22 jeunes hommes seront fusillés et une jeune femme sera guillotinée, et dans une ultime action de propagande, ils seront désignés comme « L’armée du crime ». « Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir. Vingt et trois qui criaient la France en s’abattant ».
Victimes & Bourreaux
Si Jean-Pierre Darroussin nous manquait dans le dernier Guédiguian, nous le retrouvons avec plaisir dans ce premier long métrage de Mathias Gokalp, « Rien de personnel » où il incarne Bruno Couffe, un employé de la société pharmaceutique Muller, laquelle organise une réception à l’occasion du lancement d’un nouveau produit. En vérité c’est un leurre qui masque un exercice de coaching sous la forme d’un jeu de rôle, destiné aux cadres de l’entreprise. Outre Bruno, il y a Gilles Bergerat (Denis Podalydès) et Natacha Gauthier-Stevens (la délicieuse Mélanie Doutey). Trois cadres qui vont très vite comprendre, suite à des rumeurs du rachat prochain de la société, qu’ils sont sur des sièges éjectables.
Dès lors, chacun cherchera à sauver sa peau et l’originalité du film de Gokalp est qu’il donne des points de vue différents selon la personnalité de chacun et nous jugeons cette sale comédie du travail (beaucoup plus fréquente qu’on ne le pense) sous des angles qui sans avoir « Rien de personnel » nous montrent les abysses de la conscience humaine. A noter la présence de Zabou Breitman.
JACQUES DEVAUX