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Blog de la chanteuse Elizabeth
mardi 15 mai 2012
CINEMA 639
COPIES CONFORMES
Souffles salvateurs
Notre joli mois de mai est en train de s’évaporer dans la nuit des temps, emportant avec lui son muguet, ses fêtes du travail, de l’ascension et de pentecôte, les commémorations de la fin de la seconde guerre mondiale, les souvenirs d’un petit homme battu aux élections présidentielles en nous laissant le fol espoir de jours meilleurs. Avant de quitter le mois de Marie, allons voir « Cosmopolis » avec Sarah Gadon et « Sur la route » de Walter Salles.
Au bord de l’abime
Le 13ème roman de l’auteur américain Don DeLillo, « Cosmopolis » écrit en 2003 était-il prémonitoire, un peu comme le « 1984 » de George Orwell ? Il faut croire que oui, au vu des événements qui secouent ce monde capitaliste qui est en train de s’écrouler tel un morceau de sucre plongé dans l’eau bouillante. Les systèmes se suivent, s’autodétruisent, nous laissant désemparés face à une société qu’il nous faut reconstruire, remodeler et adapter à nos civilisations.
Le sujet du roman ne pouvait que séduire David Cronenberg qui en six jours en a peaufiné le scénario, reprenant pratiquement mot à mot les dialogues du bouquin. New York a beau être en effervescence à cause du passage du Président des Etats-Unis dans la mégapole, Eric Packer n’a qu’une seule préoccupation qui tourne à l’obsession, se faire couper les cheveux chez son coiffeur qui est à l’autre bout de la ville.
Eric Packer (Robert Pattinson, le héros des « Twilight » qui a remplacé au pied levé Colin Farrel) est un golden boy de la haute finance qui passe le plus clair de son temps dans sa limousine blanche dans laquelle il reçoit ses maitresses et ses médecins personnels. Ce jeune loup multimilliardaire ne se rend pas compte de l’ampleur du chaos qui est en train de se passer et ne se doute pas qu’une fois arrivé à destination son empire se sera effondré, et avec lui tout ce qui lui paraissait inébranlable.
« Cosmopolis » fait partie des films en compétition à Cannes. Rappelons que Cronenberg fut salué en 1996 par le Prix Spécial du Jury pour « Crash » ; Au générique de « Cosmopolis », on notera la présence de Juliette Binoche qui a remplacé Marion Cotillard, enceinte, Sarah Gadon vue l’an dernier dans « Dream House » avec Daniel Craig, et Mathieu Amalric.
« On the Road again »
Egalement en compétition, le « Sur la route » de Walter Salles, une autobiographie masquée tirée du célèbre roman éponyme de la « Beat Generation », signé Jack Kerouac. Un roman culte qui a inspiré nombre de réalisateurs, le dernier étant Francis Ford Coppola, qui n’ont malheureusement pas été au bout de leurs projets et de leurs rêves.
Dans le livre et dans le film, Kerouac devient Sal Paradise incarné par Sam Ripley, tandis que son pote Neal Cassidy est Dean Moriarty (Garrett Hedlund). Assoiffés de liberté, ils vont avec Marylou, la femme de Moriarty (Kristen Stewart), partir à la rencontre du monde, des autres et naturellement d’eux-mêmes. Ils trouveront « Sur la route » des gens comme Carlo Marx/ Allen Ginsberg et Old Bull Lee/ William S. Burroughs (« La Machine molle », « Le Ticket qui explosa). Burroughs est interprété par Vigo Mortensen.
JACQUES DEVAUX
jeudi 10 mai 2012
CINEMA 638
COPIES CONFORMES
Tambour battant !
Aux lendemains de l’élection présidentielle, une question (entre autres) nous turlupine : est-ce que le symbole de la Rose, chère à nos amis socialistes, va s’effacer au profit de celui de la Tulipe (comprenne qui peut !) ? Offrons à ceux qui partent un bouquet de colchiques, qui signifie en langage des fleurs : Le beau temps est terminé, séparons-nous. Nous n’attendrons pas d’être « De rouille et d’os » de Jacques Audiard pour dire « Je te promets – The Vow » à Rachel McAdams.
Destins fracassés
Sans dire que nous attendions Jacques Audiard au tournant après son monumental « Un prophète » qui date de 2009 et avait décroché le Grand Prix du Jury, cette année là à Cannes, nous nous demandions avec un peu d’appréhension ce que le réalisateur de « Sur mes lèvres » et « Un héros très discret » allait bien pouvoir nous pondre.
Adapté du recueil de nouvelles de l’auteur américain, Craig Davidson, « Un goût de rouille et d’os », le nouveau film de Jacques Audiard, rebaptisé « De rouille et d’os », en compétition au Festival de Cannes où il ne serait pas surprenant qu’il remporte sinon la Palme d’Or, tout du moins le Prix de la meilleure actrice pour Marion Cotillard, met en scène deux éclopés de la vie que bien peu de choses prédestinaient à se rencontrer.
Lui, c’est Ali (Matthias Schoenaerts, meilleur espoir du jeune cinéma belge). Il est sans pognon, sans logement et sans amis, autant dire au bord du gouffre. Cerise empoisonnée sur le gâteau, il se retrouve avec Sam (Armand Verdure), son fils de cinq ans qu’il connait à peine. Seule solution, fuir le Nord pour rejoindre Antibes où sa sœur va l’héberger dans le garage de son pavillon et s’occuper du gamin.
Elle, c’est Stéphanie (Marion Cotillard). Elle est dresseuse d’Orques dans un parc aquatique. Elle est belle, séduisante et tout l’oppose à Ali, devenu videur dans une boîte de nuit. Et pourtant… Il faudra cependant que survienne un accident atroce pour qu’ils se retrouvent et se rapprochent. Lorsqu’il revoie Stéphanie, Ali la découvre dans un fauteuil roulant, amputée des deux jambes. Alors il va l’aider, sans pitié, sans compassion. Et même si tout a parfois un goût de « Rouille et d’os », elle va revivre.
Authentique romance
Après seulement quelques mois de mariage, Kim et Krickitt Carpenter ont un très grave accident de voiture qui plonge Krickitt dans le coma. Elle ne se souviendra plus de rien à son réveil, gommant dix huit mois de sa vie, dont Kim son mari qui sera contraint de la reconquérir. De cette expérience, ils écriront un livre, « The Vow » qui sera un succès.
Et de cette histoire, Michael Sucsy en a fait un film, « Je te promets – The Vow ». Kim est devenu Leo (Channing Tatum), Krickitt est Paige interprétée par Rachel McAdams vue dans les « Sherlock Holmes » de Guy Ritchie). L’histoire est la même que celle des Carpenter, accident, coma, amnésie et reconquête de l’aimée. Même si le film reste sympathique et que les acteurs, jeunes et beaux sont agréables à regarder, on reste malgré tout sur une impression de déjà vu trois mille fois. Curieusement, huit ans après « N’oublie jamais », Rachel McAdams » est à nouveau une héroïne qui perd la mémoire.
JACQUES DEVAUX
lundi 7 mai 2012
CINEMA 637
COPIES CONFORMES
L’Amour, toujours l’Amour
Ouf, quel soulagement ! Dimanche dernier, juste avant la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, nous étions en apnée à hésiter en cas de victoire des mécréants qui nous ont tant fait de mal pendant cinq ans, entre un exil sur la planète Mars, et une capsule de cyanure. Mais heureusement… même si. Allons nous faire peur avec Eva Green dans « Dark Shadows » et courons « Chercher le garçon » de Dorothée Sebbagh.
Ombres & Ténèbres
Pour la huitième fois, de « Edward aux mains d’argent » en 1990 à « Alice aux Pays des Merveilles », il y a deux ans, en passant par « Ed Wood », « Sleepy Hollow » ou encore « Charlie et la chocolaterie », Johnny Depp tourne avec son inséparable réalisateur, Tim Burton. Nous le retrouvons en vampire dans « Dark Shadows ».
Le film de Burton est directement inspiré d’une série culte éponyme diffusée entre 1966 et 1971 sur la chaine américaine ABC. Un « Soap opéra » qui eut la bagatelle de 1225 épisodes et qui au départ était dénuée de monstres et autres créatures fantastiques pour ne suivre que les péripéties de la famille Collins. Heureusement arriva la figure emblématique du vampire Barnabas pour donner du piment à la série.
Quelle malédiction frappe donc cette famille Collins qui en 1752 quitta Liverpool pour tenter l’aventure américaine ? Joshua et Naomi tentent d’échapper à celle-ci, accompagnés de leur jeune fils Barnabas que nous retrouvons vingt ans après dans le Maine, riche et puissant, et séducteur invétéré. Un travers qui va lui coûter très cher en brisant le cœur de sa servante, Angélique Bouchard (Eva Green) qui est en fait une sorcière qui lui jette un sort, le transforme en vampire et l’enterre vivant.
Nous retrouvons Barnabas Collins (Johnny Depp), libéré de sa tombe, deux siècles plus tard. Mais en 1972, le monde a bien changé. Il retrouve sa maison de Collinsport et les nouveaux membres de sa famille. Elizabeth la matriarche (Michelle Pfeffer), Roger, le frère bon à rien (Johnny Lee Miller), Julia Hoffman, le docteur de famille (Helen Bonham Carter) et… Angélique Bouchard qui revient pour assouvir sa vengeance.
Butinage viril
Emilie (Sophie Cattani) a 35 ans et le soir du réveillon, elle prend comme résolution pour l’année nouvelle, trouver enfin l’Amour. Pour se faire, elle s’inscrit sur Meet Me, un célèbre site de rencontres, pour « Chercher le garçon » qui mettra un terme à sa solitude. Elle trouvera sur le Net pas mal de types qui recherchent sinon l’âme sœur, au moins l’aventure. Emilie va effectivement rencontrer des tas de mecs, du cynique au petit marrant, du queutard au romantique, de l’obsessionnel au fétichiste. Bien souvent ces rendez-vous formatés échouent lamentablement, mais il arrive quelquefois que ces rencontres artificielles débouchent sur un semblant d’amitié.
« Chercher le garçon » est après deux projets avortés, le premier long métrage de Dorothée Sebbagh qui avoue avoir été influencée par Eric Rohmer, cette figure incontournable de la Nouvelle Vague, tant pour les comédiens que sur le choix des décors.
JACQUES DEVAUX
lundi 30 avril 2012
CINEMA 636
COPIES CONFORMES
A la nuit tombée
Dans trois jours, les masques vont tomber et les perdants vont s’entredéchirer telles des hyènes en folie, babines retroussées et les yeux injectés de sang. Haineux et devenus loosers, ils vont s’acharner sur le petit bonhomme qui s’est cru pendant cinq ans un grand président. Qu’ils se débrouillent entre eux ! Pendant ce temps, nous irons voir « Miss Bala » de Gerardo Naranjo et « Barbara » avec Nina Hoss.
Sang pour Sang
Malgré la victoire d’un parti démocratique au début des années 2000, le Mexique n’a pas pu empêcher la corruption et la violence des trafiquants de drogue de reprendre ses droits et le réalisateur de « Miss Bala », Gerardo Naranjo se souvient de cette période tragique de l’histoire de son pays où dans les bars, la terreur régnait quand des groupes criminels appartenant aux cartels de la drogue, jetaient des têtes d’hommes tranchées, accompagnées de menaces. Les corps démembrés étaient souvent retrouvés dans des lieux publics. L’intrigue du film se déroule au cœur du climat de totale désolation voulu et semé par les puissants cartels.
A Tijuana, Laura Guerrero (Stephanie Sigman vue dans “River of Gold”) s’inscrit avec son amie Uzu à un concours de beauté. L’une et l’autre espèrent bien devenir « Miss Bala ». La soirée du concours, Laura est témoin d’un règlement de compte très violent dans une discothèque et échappe de peu au massacre. Mais sa copine, elle, a disparu. Il y a des jours où il vaudrait mieux rester couché et lorsqu’elle se rend au poste de police pour demander aide et protection, Laura va être directement livrée à Nino Valdez (Noe Hernandez) le chef du cartel de narcotrafiquants et responsable de la fusillade. Sous la menace du bandit, la jeune fille va être contrainte à rendre quelques « services » dangereux pour espérer rester en vie.
« Miss Bala » est le quatrième long métrage de Gerardo Naranjo. Le réalisateur mexicain avait tourné auparavant, « Malachance » en 2004, « Drama/Mex » deux ans plus tard et « Vox a explotar » en 2008.
Les Heures sombres
« Ours d’argent » et Prix de la mise en scène à la dernière berlinale, « Barbara », le film de Christian Petzold, réalisateur de « Jerichow » et de « Yella », est un troublant et captivant portrait de femme dans cette Allemagne de l’Est des années 80 où déjà on sentait se fissurer le mur de Berlin.
Cette femme c’est Barbara, un chirurgien-pédiatre qui travaille dans un hôpital de Berlin-Est (sublimement interprétée par l’égérie de Petzold, Nina Hoss, qui a décroché l’Ours d’argent de la meilleure actrice au festival de Berlin en 2007 pour son rôle dans « Yella »). « Barbara » est soupçonnée de vouloir passer à l’Ouest et les autorités allemandes décident de la muter dans une clinique d’un trou perdu de province. Alors que Jörg, son amant, qui vit à l’Ouest, prépare son évasion, Barbara est troublée par l’attention que lui porte son médecin-chef, André (Ronald Zehrfeld). Tout dans son comportement semble montrer qu’il est amoureux de la belle pédiatre, mais … n’est-il pas chargé en fait de l’espionner ?
JACQUES DEVAUX
Jeudi 12 avril 2012
CINEMA 634
COPIES CONFORMES
Manque de jugeote
Dans trois jours, les jeux seront faits et ne resteront plus en lice que deux candidats à la présidence du plus beau pays du monde (humour !). Le suspense insoutenable à la Hitchcock qui nous tenaillait depuis plusieurs mois (humour bis) arrive enfin à son terme. Il nous restera quinze jours pour mettre définitivement KO les pignoufs qui nous gouvernent et en attendant nous irons voir « L’Enfant d’en haut » d’Ursula Meier et manger « Les Fraises des Bois » avec Juliette Damiens.
Vertiges de gosse
En 2008, la franco-suisse Ursula Meier nous ébouriffait avec « Home », l’histoire d’une famille qui vit en bordure d’une autoroute abandonnée. Le jour où cette dernière est remise en service, tout est bouleversé tant dans son rapport au monde qu’au sein du cercle familial, pour cette famille bien tranquille. Dans les rôles principaux, nous trouvons Isabelle Huppert et Olivier Gourmet entourant le jeune Kacey Mottet Klein vu dans « Gainsbourg, une vie héroïque » et surtout dans « L’Enfant d’en haut » sorti sur nos écrans cette semaine. Le jeune acteur avait obtenu à 10 ans, le prix du meilleur espoir d’interprétation.
Cet « Enfant d’en haut » c’est Simon qui a 12 ans et qui pendant toute la saison de sports d’hiver passe son temps à prendre la télécabine qui le conduit aux pistes de skis. Puis il redescend, non sans emporter quelques paires de skis, des moufles et des lunettes qu’il a subtilisées aux touristes fortunés pour les revendre aux gamins de son immeuble. Mais voler les riches, est-ce vraiment un délit ?
Simon vit avec sa sœur Louise (Léa Seydoux) qui s’arrange relativement des petits larcins de son frangin, elle qui oscille éternellement entre deux petits boulots et a une amoureuse quelque peu tumultueuse. Ces deux enfants abandonnés essayent de s’en sortir comme ils peuvent et le contraste est énorme entre le bonheur de ces touristes qui claquent leur pognon sans vergogne et nos deux loustics qui portent au fond du cœur de lourds chagrins sans larmes. « L’Enfant d’en haut » est roi, mais celui d’en bas, qu’est-il ?
Sur un fil
Nathalie Richard qui joue la mère de Violette, l’héroïne du film de Dominique Choisy, « Les Fraises des bois », faisait déjà partie de la distribution de « Confort Moderne », le premier long métrage que le réalisateur tourna en 2000. A ses côtés on trouvait Valérie Mairesse, une excellente artiste très mal exploitée au cinéma.
Violette (Juliette Damiens) vit chez ses parents à la campagne qui sont de riches propriétaires agricoles au cœur de cette Picardie chère à Dominique Choisy. Gabriel (Julien Lambert) est quant à lui, caissier dans un supermarché. Deux jeunes gens qui en apparence sont sans histoire. Et pourtant, il ne faut pas gratter beaucoup pour comprendre que Violette et Gabriel, qui étouffent littéralement dans leur quotidien, cachent de bien lourds et sombres secrets. Au fil des saisons, ils vont tenter de se libérer de ce qui les entrave et de croisements incertains en rencontres fortuites, ils vont devoir faire appel à des solutions radicales.
JACQUES DEVAUX
lundi 9 avril 2012
CINEMA 633
COPIES CONFORMES
Un Regard de cataracte
On ne se lasse pas de jouer les oracles, les pythies et les marchands de rêves et après le 13 janvier et avant le 13 juillet, nous sommes ce jour le second vendredi 13 de cette année 2012. Alors encore une fois, ruinez-vous en jeux de hasard et peut-être que dès demain vous ferez partie des nouveaux avec repas au Fouquet’s et croisière sur un yacht. Rêvons plutôt de Lilly Collins dans « Blanche Neige » et de « Trabalhar Cansa » du duo
Juliana Rojas et Marco Dutra.
Quelle drôle d’idée !
Mais qu’est-ce qui prend aux metteurs en scène de réaliser des films sur un même thème et qui sortent sur nos écrans à quelques semaines d’intervalle ? Déjà l’an dernier, nous avons eu droit à deux versions de « La Guerre des boutons ». Rebelote cette année avec le célèbre conte des frères Grimm : « Blanche Neige ». Cette semaine, nous pouvons voir le « Blanche Neige » de Tarsem Singh, le réalisateur indien qui nous avait donnés « Les Immortels » en 2011, et le 13 juin prochain, ce sera le « Blanche Neige et le Chasseur » de l’américain Rupert Sanders, beaucoup plus sombre, avec Kristen Stewart dans le rôle de la douce princesse, Charlize Theron dans celui de la cruelle reine et Sam Claflin dans la peau du Prince Charmant.
En attendant, nous irons voir Lilly Collins (la fille du grand Phil Collins, ex leader du groupe « Genesis ») dans le « Blanche Neige » de Tarsem Singh. La belle enfant va se confronter, à la mort du roi, son père, à la Reine, sa belle-mère, qui est cruelle et avide de pouvoir (Julia Roberts). Heureusement, arrive le Prince Alcott (Armie Hammer), aussi séducteur que charmant, qui va par son amour pour la jeune femme, attirer les foudres de l’horrible marâtre sur sa bien aimée. Celle-ci va se réfugier dans la forêt où elle sera recueillie par une bande de sept nains hors-la-loi. Avec et grâce à eux, « Blanche Neige » va reconquérir à la fois son royaume et le cœur de son Prince Charmant.
Il était bien sur hors de question pour le réalisateur de montrer Julia Roberts (« Pretty Woman ») autrement qu’irrésistible de charme malgré son rôle d’une horrible méchante parée de défauts abominables. Son image sympathique auprès du public garantissait d’emblée un contrepoint à la cruauté du personnage.
Travailler fatigue
Pour leur premier long métrage, les brésiliens Juliana Rojas et Marco Dutro frappent relativement fort et « Trabalhar Cansa » oscille entre le surnaturel et l’horreur et prend ses sources dans les œuvres d’Alfred Hitchcock et Romera. Nous sommes en fait au cœur d’un couple en crise, l’un et l’autre étant perturbés soit par un surcroit de travail, soit par l’absence de ce dernier.
Héléna (Helena Albergaria), en ouvrant un petit commerce, réalise enfin un vieux rêve. Pour se faire, elle loue un local abandonné et démarre son affaire. Au même moment, Otàvio (Marat Descartes), son mari perd son boulot et ses repères, mettant toute la famille en danger. L’équilibre du couple est d’autant plus fragilisée que des événements étranges surviennent dans l’épicerie d’Héléna. Des produits disparaissent mystérieusement, une curieuse odeur imprègne le local, et une tache suspecte sur le mur ne cesse de grandir. Tout cela est bien perturbant et nous fait arriver à la conclusion que oui, le travail fatigue, « Trabalhar Canssa » en Brésilien.
JACQUES DEVAUX
lundi 2 avril 2012
CINEMA 632
COPIES CONFORMES
De Bric et de Broc
C’est aujourd’hui le vendredi saint ! Baissons la tête, rasons les murs et mangeons du poisson. Que celui qui croit au Ciel et celui qui n’y croit pas, se méfient, il pourrait leur tomber sur la tête à tous les deux, par Toutatis ! Dans tous les cas, faisons profil bas. Après tout on ne sait jamais…les superstitions ont la peau dure ! « A moi seule » sera la litanie que clamera Anne Bonitzer, « Aux yeux de tous » de Cédric Jimenez.
Tout pour l’Autre
« A moi seule » est le troisième long métrage de Frédéric Videau, qui est presque un enfant du pays, étant natif d’Angoulême, après « Le Fils de Jean-Claude Videau » en 2001 et « Variété française » deux ans plus tard avec Hélène Fillières. Le film s’inspire très largement de l’histoire de Natascha Kampusch, cette jeune fille autrichienne, qui a été séquestrée à l’âge de dix ans et ce pendant très exactement 3096 jours. Ce qui avait frappé le réalisateur en découvrant le témoignage de la victime, c’est qu’elle n’avait à l’encontre de son ravisseur, ni haine, ni colère, ni aucun ressentiment particulier, malgré des conditions de vie épouvantables.
En fait, la relation entre Natascha et Wolfgang Priklopil était plus que particulière et vraisemblablement, la jeune fille était atteinte du « Syndrome de Stockholm ». Dans son esprit, son ravisseur, paradoxalement, lui appartenait à « elle seule ». L’osmose était telle, entre les deux protagonistes, que le jour même où la victime s’évada, le bourreau se suicida. Frédéric Videau nous restitue parfaitement toutes ces nuances psychologiques dans « A moi seule » en confiant le rôle de Gaëlle/Natascha à Agathe Bonitzer vue dans « Une bouteille à la mer » et dans « Mariage à trois » et celui de Vincent/Wolfgang à Reda Kateb.
Le film débute par l’évasion de Gaëlle qui s’enfuit de cette maison-piège où elle était enfermée dans des conditions d’hygiène abominables, depuis huit ans. Ce qui intéresse le réalisateur n’est pas le fait divers en lui-même, mais ce qui se passe dans la tête de cette adolescente à l’esprit figé à l’âge de son enlèvement et qui est incapable d’assumer sa nouvelle liberté et de se rapprocher de ses parents.
Un climat anxiogène
Pour son premier long métrage, Cédric Jimenez n’y va pas avec le dos de la cuiller et « Aux yeux de tous » nous scotche pendant une heure et demie sur notre fauteuil. Nous nous demandons, un peu hagards, à la sortie, qui nous épie, nous guette, nous emprisonne. Dans notre beau pays de Liberté, des centaines de milliers de caméras nous observent, nous enlèvent notre intimité. « Aux yeux de tous » imagine que ces voleurs d’images sont eux-mêmes traqués par un hacker qui a piraté tout le système de surveillance.
L’homme surveille tout, petits délits et moments d’intimité, et quant un attentat dévaste la gare d’Austerlitz, le hacker découvre que c’est un jeune couple qui a posé la bombe. Nora (Mélanie Doutey) et Sam (Olivier Barthelemy) sont représentatifs d’une société au pied du mur, prête à renoncer à toutes les valeurs pour s’en sortir. Le pirate informatique décide de traquer les coupables et va mettre le doigt dans un engrenage terrible.
JACQUES DEVAUX
lundi 26 mars 2011
CINEMA 631
COPIES CONFORMES
En trompe l’œil
Jusqu’où va-t-on nous bourrer le mou avec ces informations qui passent en boucle sur tous les médias sur un fait divers certes sanglant et tragique, mais qui permet de bien étouffer d’autres réalités plus dérangeantes comme par hasard le triomphe gênant d’un candidat du peuple à la Bastille, la veille. Mieux vaut aller voir, « Young Adult » avec Charlize Theron et « La Terre outragée » de Michale Boganim.
Une véritable pimbêche
Il y a un moment dans l’existence où nous ne savons plus très bien où est notre véritable place. Nous avons quitté notre adolescence, il y a une poignée d’années et le monde adulte nous tend les bras sans que nous ayons trop envie de nous y précipiter. Et pourtant malgré notre obstination à vouloir nous accrocher coute que coute à notre folle jeunesse, celle-ci nous échappe inexorablement et nous dégringolons vers cet autre côté qui nous fait peur. C’est exactement ce qui arrive à Mavis Gary (Charlize Theron).
Divorcée, la quarantaine, Mavis s’ennuie sérieusement dans son appartement de Minneapolis. Elle écrit des romans pour adolescents qui lui assurent son ordinaire, mais d’une manière générale, elle s’enquiquine. Aussi le jour où elle reçoit des
nouvelles de Buddy Slade (Patrick Wilson) son boy-friend du temps du lycée, mais qui depuis est marié et père de famille, Mavis se fait tout un cinéma dans la tête, estimant que Buddy n’a pas la vie qu’il mérite et qu’elle peut lui redonner un goût de vivre qu’il n’a jamais perdu.
Mais Buddy est très heureux avec Beth (Elizabeth Reaser) et notre héroïne aura beau faire des pieds et des mains, pourtant bien persuadée que personne ne peut lui résister, elle ne jettera pas le trouble dans le couple Slade. Mavis se rabattra sur Matt Freehauf (Patton Oswalt) un ancien du lycée, qui deviendra son confident. Jason Reitman, le réalisateur de « Young Adult » nous avait déjà donné « Juno » en 2007 avec la délicieuse Ellen Page et plus récemment « In the Air » avec un George Clooney spécialiste en licenciements.
L’impossible deuil
Nous sommes le 26 avril 1986 à Pripiat. Par cette belle journée de printemps, Anya (Olga Kurylenko, la James Bond Girl de « Quantum of Solace ») et Piotr, fêtent leur mariage, tandis que le garde forestier fait sa tournée habituelle à la forêt. Tout est calme et serein. Alexeï et son fils plantent un pommier. Il travaille à la Centrale de … Tchernobyl. C’est alors qu’un accident s’y produit et qu’en quelques minutes, tout bascule.
Piotr sera réquisitionné pour éteindre l’incendie. Il ne reviendra jamais. La radioactivité pulvérise la nature et les hommes et « La Terre outragée ». Dix ans plus tard, la jolie petite ville de Pripiat est devenue un no man’s land, sorte de Pompéi du 20 siècle. Anya est désormais guide dans la zone pour touristes friands d’émotions fortes. Valery le fils d’Alexeï, cherche les traces de son père, et Nicolaï, le garde forestier, s’obstine à cultiver son jardin empoisonné. Heureusement, chez nous, dès que les nuages de Tchernobyl ont aperçu nos frontières, ils se sont empressés de faire demi-tour ! « La Terre outragée » est le premier long-métrage réalisé par la cinéaste israélienne Michale Boganim.
JACQUES DEVAUX
lundi 19 mars 2012
CINEMA 630
COPIES CONFORMES
A pleines dents
Nous voilà enfin sortis de l’hiver, avec ses froidures et ses nuits impossibles, son éternité suicidaire et ses jours éphémères. Le printemps nous ouvre tendrement ses bras de verdure, souriant, éclatant et transformant nos pleurs en rires et nous faisant rêver à ces étranges soirs où les fleurs ont une âme. Avec Léa Seydoux, faisons « Les Adieux à la reine » et allons voir le « Torpédo » de Matthieu Donck.
Naufrage à Versailles
Même si Louis XVI avait noté à la date du 14 juillet 1789 sur son agenda : « Rien », la royauté venait d’heurter l’iceberg de la Grande Histoire et commençait à prendre l’eau de toutes parts. Dans « Les Adieux à la reine », Benoit Jacquot, le réalisateur d’une vingtaine de films dont « Sade » avec Isild Le Besco et « Villa Amalia » avec Isabelle Huppert, s’inspirant du roman éponyme de Chantal Thomas, va nous plonger au cœur de ces quatre jours désastreux pour la monarchie. En fait si l’univers des Bourbons se désagrège inexorablement, celui de Sidonie Laborde (Léa Seydoux dans son meilleur rôle), la lectrice de la reine, s’effondre littéralement.
Car non seulement Sidonie est employée par Marie-Antoinette (Diane Kruger qui a remplacé au pied levé Eva Green qui a préféré abandonner le projet), mais elle est ce que nous qualifierions aujourd’hui de groupie. Elle est fascinée par la reine et soumise, telle une esclave, à l’Autrichienne qui la manipule à loisirs avec cette cruauté propre aux personnes bien nés. Mais la lectrice de Marie-Antoinette est prête à tous les sacrifices pour aider sa maitresse.
« Les Adieux à la reine » nous décrivent la fin d’un monde parfaitement saisie par la caméra de Jacquot qui nous montre le délabrement des bâtiments royaux, d’un Versailles qui agonise, ainsi que la décrépitude des aristocrates, de cette Cour qui n’en finit plus de papillonner autour d’un vide sidéral. On y croise l’amie et confidente de la reine, Gabrielle de Polignac (Virginie Ledoyen), sa femme de chambre, madame Campan (Noémie Lvovsky) et bien sur Louis XVI (Xavier Beauvois).
Coup de Pédale
Pour son premier long-métrage, « Torpédo », Matthieu Donck a donné le rôle principal de son film à François Damiens, le célèbre humoriste belge connu à la fois pour ses « Caméras cachées » et son personnage de François l’Embrouille. Là, il est Michel Ressac, un glandeur professionnel de trente cinq ans dont la vie va être bouleversée par un coup de téléphone d’une de ces boites bidons qui vous annonce que vous avez été sélectionné parmi des milliers de personnes (alors que vous n’avez jamais rien demandé) pour gagner de superbes cadeaux. En l’occurrence, l’opérateur l’informe qu’il a gagné un diner en compagnie d’Eddy Merckx. La seule condition étant de se présenter en famille.
Eddy Merckx ! Michel n’en croit pas ses oreilles. L’idole de sa jeunesse, du temps de son premier « Torpédo » (entendez « vélo »). Il y voit une bonne occasion de renouer avec son père, qui est passionné de cyclisme. Il va s’inventer une famille, une femme (Audrey Dana) et un gamin, Kévin (Cédric Constantin). Et en route pour le road-movie
JACQUES DEVAUX
lundi 12 mars 2012
CINEMA 629
COPIES CONFORMES
Loin des fracas du monde
Horreur ! Malheur ! En ces temps électoraux particulièrement délétères, il nous démange de siffloter sur l’air de la « Salsa du démon » quelques paroles lénifiantes du style : Nicolas, casse-toi de là ! Marine, t’es pas fine ! Et le Basque, bas les masques ! Salsa des Démons, Salsa des Démons. Foin de dire des bêtises (encore que), allons plutôt voir « La Dame noir » de James Watkins et « 38 Témoins » avec Sophie Quinton.
Un air de Gothique
James Watkins, le réalisateur du très efficace « Eden Lake » avec Kelly Reilly (l’épouse du docteur Watson dans les « Sherlock Holmes » de Guy Ritchie, vient d’adapter « La Dame en noir » d’après le roman de Susan Hill qui date de 1983 et qui a fait l’objet d’une réédition parue à l’Archipel et sortie il a quelques semaines en libraire. Nous en avons d’ailleurs parlé dans notre supplément du 10 février dernier.
Arthur Kipps, (Daniel Radcliffe enfin dépouillé de son personnage de Harry Potter) un jeune clerc de notaire londonien qui se remet très difficilement de la mort de sa femme à la naissance de leur fils, quatre ans plus tôt, se voit dépêché en province pour assister à l’enterrement d’une vieille dame, Miss Alice Drablow, et s’occuper également des papiers de la succession. Arthur remarquera, lors des funérailles, dans une église quasiment déserte, la présence d’une femme mystérieuse toute vêtue de noir. Une bien étrange « Dame en noir » que notre héros apercevra furtivement aux abords du manoir de la défunte.
Hébergé chez le couple Daily (Claran Hinds et Janet McTeer) qui l’aidera à surmonter ses épreuves, Arthur Kipps poursuivra sa mission notariale. Mais « La Dame noir » se manifestera de plus en plus souvent et à chacune de ses apparitions se produiront des phénomènes paranormaux qui ébranleront le jeune homme. Ce dernier finira par élucider le mystère. Il s’agit d’une revenante, Jennet Humfrye (Liz White) qui revient hanter les villageois de Crythin Gifford, jugeant ces derniers, responsables de la mort de son fils.
L’ombre d’Outreau
Si l’action du roman de Didier Decoin, « Est-ce ainsi que les femmes meurent ? » se déroulait dans le New York des années 60, « 38 Témoins », l’adaptation cinématographique signée Lucas Belvaux, se passe au Havre, de nos jours. Plus que le simple fait divers, la principale raison qui a motivé le réalisateur de « La raison du plus faible » se situe dans les thèmes inhérents à l’histoire, la justice, le mensonge, la lâcheté et le couple.
De retour d’un voyage professionnel en Chine, Louise Morvand (Sophie Quinton vue dans « Poupoupidou ») se rend compte qu’il s’est passé un drame dans sa rue. En effet, une nuit, une femme a été sauvagement assassinée. Les résidents de l’immeuble au pied duquel elle a été trouvée morte jurent qu’ils n’ont rien vu, rien entendu. Pierre (Yvan Attal), le mari de Louise, pilote de bateau, affirme quant à lui qu’il était en mer.
Mais voilà, rongé par le remords, Pierre va craquer et dire ce qu’il a réellement vu et entendu, comme tous ces gens, aveugles, sourds et muets, qui par couardise préfèrent se taire et ne pas avouer qu’ils n’ont pas eu le courage de porter secours à la victime. « 38 Témoins » qui se terrent, s’enferrent et s’enferment dans le silence. Le couple Morvand ne résistera pas à cette tragique histoire et les relations entre Pierre et Louise vont exploser.
JACQUES DEVAUX
lundi 5 mars 2012
CINEMA 628
COPIES CONFORMES
Lignes de flottaison
Nous sommes en pleine décadence romaine, en ces temps où les derniers Césars étaient dégénérés au point de faire construire pour un cheval aimé, une écurie de marbre et une mangeoire en ivoire. Quelle image civilisée nous renvoient tous ces prétendants au trône qui s’écharpent, s’insultes et s’invectivent. Caligula n’est pas loin ! Alors fuyons-les en allant voir « Possessions » avec Julie Depardieu et « Hasta la Vista » de Geoffrey Enthoven.
Drame de la jalousie
Directement inspiré de la tuerie du Grand Bornand qui avait défrayé la chronique en 2003, « Possessions » qui sort sur nos écrans cette semaine, reprend les rouages de cette sombre affaire de convoitise qui transforma un jeune couple et quelques complices en assassins d’une famille entière, les Flactif, composée des époux et de leurs trois enfants.
Le réalisateur, Eric Guirado, à qui nous devons des films comme « Quand tu descendras du ciel » et plus récemment « Le Fils de l’épicier » avec Nicolas Caralé et Clotilde Hesme, s’est senti concerné par l’affaire Flactif, étant né dans un village proche de celui où s’est déroulé le drame. Pour « Possessions », Guirado s’est entouré de quatre acteurs qui incarnent à merveille, les pauvres et les riches, les convoiteurs et les convoités, les assassins et les victimes.
Afin de démarrer une nouvelle et quitter ce Nord de la France qui les oppressait, Marilyne (Julie Depardieu) et Bruno Caron (Jérémie Renier que nous attendons dans le Biopic consacré à Claude François) débarquent dans un village de montagne pour emménager dans un chalet loué par Patrick Castang ( Lucien Jean-Baptiste) qui est à la fois promoteur immobilier et propriétaire de nombreuses habitations dans la région. Leur chalet n’étant pas tout à fait terminé, les Caron seront logés en attendant dans un autre, grand standing. Malheureusement, les déménagements vont se succéder et Marilyne et Bruno vont avoir l’impression qu’on les prend pour des ploucs. Pourtant, Patrick et Gladys Castang (Alexandra Lamy) font tout pour leur rendre service. Mais les relations vont se détériorer au point qu’excédés par l’abondance des biens des Castang, les époux Caron, amers, habités par la jalousie, l’envie, la frustration et la haine, vont commettre l’irréparable.
Corps Accord
Bien évidemment, « Hasta la vista » de Geoffrey Enthoven, n’aura pas le même succès que « Intouchables » et ne lui fera même pas un brin d’ombre. Pourtant ce petit film sur les handicapés vaut largement le détour. Différents festivals ne s’y sont pas trompés en lui décernant une pluie de prix. Qu’on en juge : Grand Prix des Amériques, Prix du Public et Prix du Jury Œcuménique à Montréal, Prix d’Epi d’Or, Prix de la Jeunesse au Festival Seminici de Valladolid, Prix du Public à Québec.
Il faut dire que ce road movie farouche, marrant, culotté et mal élevé, loin des apitoiements et des concerts gnangnans sur les handicapés, déménage sacrément. « Hasta la vista » met en scène trois jeunes garçons qui aiment le vin et les femmes. Mais ils sont encore vierges et ça les travaille. Sous un prétexte bidon, ils cherchent à se rendre en Espagne, où espèrent-ils, ils pourront satisfaire leur libido. Rien ne les arrêtera, pas même leurs handicaps, l’un est aveugle, le second est confiné dans un fauteuil roulant et le dernier est complètement paralysé. Un film qui se balance de notre condescendance, nous réclamant juste notre sympathique complicité.
JACQUES DEVAUX
lundi 27 février 2012
CINEMA 627
COPIES CONFORMES
Un sommeil de plomb
Premier mois de l’année du calendrier romain, Mars était consacré au Dieu de la Guerre et quant on voit ce qui se passe comme horreurs tout autour de nous, on se dit que quelque part, là-haut, au sommet de l’Olympe, le fils unique de Jupiter et Junon, doit se fendre sacrément la gueule. Consolons-nous avec Elizabeth Olsen dans « Martha Marcy May Marlene » et soyons « Les Infidèles » concoctés par sept réalisateurs.
Portrait kaléidoscopique
Sous la quadruple identité de Martha, Marcy, May et Marlene, se cache une jeune femme (Elizabeth Olsen, la lumineuse sœur des très médiatiques jumelles, Mary Kate et Ashley, également actrices) qui a réussi à fuir une de ces sectes bucoliques, greffon dégénéré des mouvements hippies après deux ans de manipulations psychiques par Patrick, un gourou charismatique interprété par John Hawkes.
Martha va se réfugier chez sa sœur ainée Lucy (Sarah Paulson vue dans « The Spirit » de Frank Miller) et essayer de se reconstruire et retrouver une vie normale. Toutefois, elle sera totalement incapable d’expliquer à Lucy et son mari, le pourquoi d’une si longue absence. Martha aujourd’hui, elle était Marcy, May ou Marlene, lorsqu’elle vivotait dans cette secte dont elle pense qu’elle la pourchasse encore et toujours.
« Martha Marcy May Marlene », premier long métrage de Sean Durkin a des accents à la Roman Polanski. Martha est tiraillée entre deux sentiments, la haine et l’amour. Fuir la secte et son gourou polygame, et la retrouver pour se blottir dans sa communauté rassurante. Tout cela va se mélanger dans sa tête fragile et les souvenirs de ces années où elle était à la fois esclave et consentante, la hantent et se transforment peu à peu en une effrayante paranoïa à la limite entre la réalité et la fiction, entre la vraie vie et l’illusion.
Misogynie féroce
S’il est un film (dé)culotté c’est bien « Les Infidèles » mis en scène par sept réalisateurs en (qué)quête de provocation. Une variation d’une heure cinquante sur le thème de l’infidélité masculine à travers plusieurs sketches indéniablement placés sous le signe évident de la goujaterie.
Parmi ces sketches, on retiendra celui de Fred Cavayé (« A bout portant ») qui décrit une virée torride entre potes qui se terminera en engueulade homérique et coucherie immonde. Dans celui de Michel Hazanavicius, on suivra les tentatives de Jean Dujardin qui incarne un cadre loser, pour tirer un coup à tout prix, lors d’un séminaire de travail. Eric Lartigau mettra en scène un Gilles Lellouche qui va s’amouracher d’une jeunette dévergondée. Nous retrouvons Jean Dujardin pour un face-à-face explosif avec Alexandra Lamy, orchestré par Emmanuel Bercot. Quant à Alexandre Courtès, il signe un des épisodes les plus marrant du film, celui où l’on voit Sandrine Kiberlain en thérapeute dans une réunion d’infidèles anonymes qui réunit tous ces messieurs obsédés par la chose. Enfin nous garderons longtemps en mémoire l’étonnante prestation de Manu Payet en dominateur de vieilles peaux et celle de Guillaume Canet en coureur de jupons, bon chic bon genre.
JACQUES DEVAUX